mardi 25 août 2009

mer de sable




18eme Jour. De Yolyn Am a Tsagaan Suvraga
Le debut de la fin. Nous entamons notre remontee vers le nord. Vers UB. Vers la fin de notre periple. Nous restons quand meme dans le Gobi. Pour une derniere journee. Notre programme? La visite du site de Tsagaan Suvraga. Ici, il y a des milliers d'annees, une mer ondulait. De celle-ci ne reste qu'une terre ocre, un fond terrestre compose d'une multitudes de petits vallons et une falaise abrupte, taillee par les flots, dont les strates de couleurs ont fait notre emerveillement. L'endroit est magique! Une mer... de sable!Difficile d'imaginer des hectolitres d'eau dans ce paysage aride. Oui, je sais! Le sahara fut jadis une vallee verdoyante. Mais, ca ne reste que des mots. Quand on en voit une realite flagrante, ca nous ramene a notre petitesse, notre insignifiance. Nous ne sommes que de passage, ephemeres. Une incongrue presence entre 2 neants (avant notre naissance et apres notre mort). Et pendant tout ce neant, tout continue. Je m'essaye un peu philo mais je viens de finir un livre drolement bien (La methode Schopenhauer de Irvin D. Yalom) qui presente, de maniere romancee, la pensee de Schopenhauer, un nevrose depressif pessimiste mais qui est le premier a avoir "penser" la psychologie. Dit comme ca, ca ne donne pas vraiment envie de le lire mais ce serait une erreur de votre part. ;-) Le rapport a notre temporalite est largement aborde et je voulais vous faire partager une pensee que j'y ai puise. C'est de Nietzche. " Il nous faut vivre notre vie de telle sorte que nous dirions oui si on nous proposait de la revivre eternellement et de la meme maniere! " C'est tellement vrai!

French Doctors



17eme jour. De Khongoryn Els a Yolyn Am.
Nous quittons les dunes direction la gorge glacee de Yolyn Am. La gorge des vautours. Le paysage continue de defiler devant nous. Toujours. Encore. Immense. Demesure. Plus les heures et les jours filent, plus nous nous rendons compte de l'infinie (ou presque) etendue dans laquelle nous evoluons. La glace recouvre Yolyn Am de facon quasi-permanente (j'insiste sur quasi). Inconcevable de la glace au milieu du desert? Je l'ai deja dit, en Mongolie, c'est possible! Il faut dire que le desert de Gobi est probablement la region championne du monde des ecarts de temperatures. Nous le vivons au quotidien. Grosse chaleur en journee (+ de 30°C) et froid ( - de 10°C) le soir. Et nous sommes en ete. Imaginez en hiver!
A peine arrive a Yolyn Am une femme nous interpelle affolee. A t'on des bandages? Un sculpteur (il y en a beaucoup autour de la gorge qui vendent leur production aux touristes) vient de serieusement s'entailler le bras avec un coutelas! Dans son malheur, le jeune homme a une veine (sans jeu de mot) indeniable. Quelle chance a t'on quand on se tranche le bras au milieu du desert de Gobi de tomber, dans les 10 minutes suivantes, sur un chirurgien et un anesthesiste equipes de leur dispensaire de campagne? Aussitôt la situation evaluee, la task force medicale se met en branle. Fil et aiguille. Desinfectant. Anesthesie locale. La plaie, pas belle a voir (7-8cm de large), est suturee dans le quart d'heure. Peut-etre ont-ils sauve son bras et son avenir? Franchement, ce n'est pas totalement impensable!
Notre malchance a nous, toute relative, est que Yolyn Am n'est pas glacee a cette periode de l'annee. En general, la glace disparaît a la mi-juillet pour reapparaitre debut septembre. Dommage. La ballade dans cette gorge etriquee fut tout de meme tres belle.
Sortis de la gorge, nous avons encore roule une bonne heure pour, finalement, nous poser dans un petit camp de yourte plante au milieu de nulle part. L'immensite du desert sera notre compagnon ce soir! A peine arrive, on nous annonce que la famille est en train de fabriquer du feutre. Pour les nomades, c'est LA matiere premiere. Il sert a confectionner des vetements ou des matelas et a isoler les yourtes du froid. Comme les plupart des activites des steppes, ce travail est long et fastidieux. Il faut d'abord etaler, de facon homogene, la laine de mouton sur une large surface. Apres l'avoir abondomment asperger d'eau, on l'enroule autour d'une barre de metal qui sera ensuite trainer (aujourd'hui par une voiture, hier par des chevaux) sur plusieurs kilometres pour lier les fibres. Il semble que les gestes n'ont pas changer depuis des siecles et malgre la penibilite de ce travail, la bonne humeur regne chez chacun. J'imagine notre tete, si nous, occidentaux, avions a effectuer ces taches (traires des dizaines de chevres, ramasser des bouses de vaches, preparer l'airak, ...)! Probablement abandonnerions nous au bout de 10 minutes! Ou 2? Trop penible! Travail inhumain! Pourtant, ici, les gens ne rechignent pas et gardent le sourire, rient a la moindre occasion et semblent prendre du bon temps. Leur quotidien, c'est une vie simple, connectee a la terre. Une vie ou l'on a pas le choix, ni le temps de se lamenter sur son sort. Ils vivent au present et profitent de tous les moments. Quoiqu'il advienne. Profiter de l'instant present, ne pas ressasser le passe et ne pas se projeter dans l'avenir, est certainement LA lecon que je ramenerais de ce voyage!

jeudi 20 août 2009

(presque) seul sur les dunes




16eme jour. Khorgoryn Els
Ce matin, l'ensemble de mes compagnons avait opte pour une ballade a dos de chameau. Echaude par une chevauchee similaire au Rajasthan et faisant encore jouer mon cote anticonformiste primaire, je me suis abstenu. J'ai opte pour une nouvelle ascension des dunes et une ballade le long de la ligne de cretes. Memorable. A des moments, j'avais l'impression de marcher sur des sommets pyreneens tellement les cotes etaient abruptes. Peur du vide s'abstenir! Je me suis offert 2h30 de balade, presque seul sur les dunes (a par 200m ou tous les touristes montent, je n'ai croise personne), dominant un paysage surrealiste, a admirer les lignes epurees sculptees par le vent et a ecouter les sables chanter. La descente offre egalement sa part de delice. A chaque pas, on s'enfonce dans le sable jusqu'au genou dans un vrombissement-succion. Au rythme de mes pas, plus ou moins chaloupes, je me suis transforme en chef d'orchestre des sables!
Nous nous sommes tous retrouves pour le dejeuner. Tous ravis par notre matinee nous avons optes pour une apres-midi relache Ne rien faire, ca a du bon aussi!

Le sable qui chante




15eme jour de Bayanzag a Khorgoryn Els.
Gros dodo et antibio ont finalement fait leur effet. Je me sens beaucoup mieux! ;-) Notre journee a commence par la visite frustrante d'un site "mondialement connu" ou a ete decouvert des dizaines d'oeufs, d'os et de fossiles de dinausores. Nous etions, je dois l'admettre, tres excite a l'idee de contempler des restes de tyranausores ou autre brontausores! Mais sur le site en question, plus rien ne subsiste! Pas une poussiere de triceratops! Rien. Frustre nous consultons le guide qui infore: "le meilleur endroit pour admirer les dinausores de la plaine de Bayanzag est le musee d'histoire naturelle de Ulaan Bator"! Les boules! Il ne nous reste plus qu'a imaginer, qu'ici, sous nos pieds, il y a quelques millions d'annees, s'ebattaient les geants du paleolithique. Ca n'attenue pas notre deception!
Depuis notre arrivee dans le Gobi, notre vitesse moyenne de deplacement a fait un bond. Nous sommes passes de 25/30km/h a 60/70km/h. C'est donc filant comme le vent que nous nous sommes rendus a Khorgoryn Els. Le desert de Gobi est, principalement, un desert de caillou mais 3% de sa surface est faite de sable. Une partie de ces 3%, et la plus admirable, c'est Khorgoryn Els, une bande de dune de 12km de large pour 100km de long atteignant les 300m de hauteurs! A peine arrives en face des dunes, aussitôt apres avoir deposes nos bardas (nous dormons ici les 2 prochaines nuits), nous entreprenons l'ascension de ces sommets sablonneux. Mine de rien, meme si ca ne paraît pas extremement hauts, monter 300m de dunes, tres raides (60% par endroits), est incroyablement fatiguant (surtout qu'a chaque pas le sable se derobe sous vos pieds et que finalement vous avez l'impression de ne pas avancer). Une fois en haut, le spectacle en vaut la peine. Les dunes s'etendent a perte de vue engoncees entre deux massifs montagneux. Superbe! Encore plus irreel. Mon pere, avant l'ascension avait evoquer la rumeur que le sable "chantait sur les dunes"! Poesie allemande? Que nenni! Sur les dunes, le sable chante vraiment! Un chant primitif, une sorte de vrombissement, l'impression qu'un avion vous passe au dessus de la tete... sauf qu'il n'y a pas d'avions! Cette vibration, on l'entend et on la ressent, physiquement. La dune vibrait sous nos pieds. Impression etrange d'etre sur un corps vivant. Incroyable! Deroutant! Magique!

PS:pour les chameaux, special dedicace a Max!

Terrasse par une tique mongole



14eme jour. De Ongiin Khiid a Bayanzag.
Journee vaseuse! Il ya 5 jours j'ai ete pique par une tique. Pas de probleme! Les medecins de notre groupe m'en avaient debarrassee illico presto. Ce que nous ne nous doutions pas, ce sont les effets secondaires. Les jours passant, l'endroit de la morsure de la bebete s'est inflamme et aujourd'hui, mal de tete, courbatures et fievres ont ete mes compagnons! Les symptomes de la grippe mongole H2N2! ;-) Heureusement que je ne dois pas passer la frontiere russe dans les jours qui viennent, j'aurai ete bon pour une quarantaine! Pas d'inquietude, nos docteurs et leur dispensaire ambulent s'occupent de moi. Antibio et gros dodo auront vite fait de me remettre sur pied!
Ces petits desagrements ne m'auront tout de meme pas empeche de profiter du paysage toujours aussi impressionnant du desert de Gobi. Le desert a quelquechose de special qui appelle a la contemplation et a la meditation. C'est grisant, envoutant, magique! Difficile a explquer. Ca vous prend a l'estomac et vous apaise!
Anecdote: a notre pause de midi nous nous sommes retrouves encercles de 2CV! Des dizaines de 2CV au milieu d'un bled improbable au milieu du desert. Elles etaient toutes immatriculees en France (dont un bas-rhinois)! En fait, une bande de dejantes participants a un rallye-raid amateur reliant Ulaan Bator a Pekin. 14Jours de rallye en deudeuche sur des routes defoncees en forme de tole ondulee! Ca c'est de l'aventure!

D'un monde a l'autre






13eme jour. De Orkhon a Ongiin.
Aujourd'hui j'ai eu l'impression de prendre l'avion. Vous savez, ce sentiment etrange quand vous partez un matin d'un pays au climat froid pour vous retrouvez quelques heures plus tard accable par une chaleur suffocante. C'est ce qui nous est arrive... en 200km! Hier soir, j'ai mal dormi. Trop froid. Mon duvet est prevu pour des temperatures minimum de 0°C. Ses limites ont ete atteintes. A 6h, frigorifie, je me suis leve pour rallumer le poele de notre yourte. C'est a ce moment la que j'ai remarque que le givre avait envahit les environs. Avant de partir, on nous avait prevenu que les temperatures pouvaient chuter a partir du 15 aout. C'est pour cette raison que nous avons inverse le sens de notre periple. Initialement nous devions d'abord nous rendre dans le Gobi avant de rejoindre le nord du pays mais l'optique de se retrouver dans le nord en deuxieme partie du mois nous a fait reconsiderer notre choix. Je n'aurai jamais cru que ces predictions pussent etre aussi juste.
Cette journee ne devait etre qu'une etape de transition vers le desert de Gobi. Ce fut une journee inoubliable de contemplation. Plus nous plongions vers le sud, plus les montagnes se tasserent, plus la vegetation se rarefia, plus la temperature augmenta. Les yaks laisserent bientôt place a des chameaux! Nous nous sommes retrouves dans des paysages dignes des meilleurs films de Sergio Leone. Le Far East n'a rien a envier a son cousin occidental! Seule difference notoire, ici, les tipis n'ont toujours pas supplante les yourtes! ;-). Avant ce jour, je n'avais jamais imaginer pouvoir passer, en l'espace de quelques heures et de quelques kilometres, d'une saison a une autre, d'un monde a un autre, du sommet de montagnes boisees a un desert de caillous, d'un froid polaire a un soleil de plomb. Et poutant, aujourd'hui, en traversant les avant-postes du desert de Gobi, le regard perdu dans l'horizon infini, je me suis dit: "en Mongolie, c'est possible!"

Les maitres du ciel





12eme jour. De Kharkorin a Orkhon
Ce matin, nous nous sommes leves devant un splendide ciel bleu. Le spectacle d'un toit de nuages tombant a l'oblique vers la terre, tendant a l'horizon vers un improbable point de rencontre, est magnifique. Nous faisons route vers Orkhon. De montagnes en vallees. De vallees en montagnes. Le paysage se deroule encore devant nous. Toujours semblable. Jamais identique. On ne se lasse pas des etendues demesurees des hauts plateaux mongols.
La mongolie est le pays du ciel bleu mais pourrait aussi etre appele le paradis des rapaces. Si l'aigle s'accapare toutes les attentions et les superlatifs, ses cousins proliferent aussi dans le ciel azur de l'asie centrale. Faucons, milans... Les cieux sont balayes par leurs silhouettes profilees. Depuis quelques jours, deja, ces maitres du ciel nous survolaient ponctuellement. A Orkhon, le spectacle de leur multitude fut saisissant. Le ciel etait litteralement mouchete de milans. Virevoltants ou piquants au gre des vents, planants au dessus de l'immensite, leurs ombres projetees au sol, les rapaces s'ebrouaient a quelques metres de nos tetes! Une allemande, rencontree a Pekin, nous avait assure qu'un aigle etait passe si pres d'elle en Mongolie qu'elle avait pu entendre le bruit de ses plumes! Marie en revait depuis. Malheureusement, malgre l'extreme proximite des rapaces, la poesie germanique a ses limites que la realite n'entend point!